Loi Jeanbrun : les 4 piliers pour investir dans l'immobilier neuf
20/05/2026 Acheter pour louer : ça vaut le coup ?
Sache que derrière ce terme technique se cache un levier concret : payer beaucoup moins d'impôt sur tes loyers, chaque année, pendant toute la durée de ton investissement.
Ce qui change vraiment avec la loi Jeanbrun
Avec le Pinel, tu réduisais ton impôt directement — une remise calculée sur le prix d'achat, étalée sur 9 ou 12 ans. Simple à comprendre, mais plafonné, zonal, et finalement peu rentable pour les investisseurs les plus imposés. La loi Jeanbrun fonctionne différemment.
Elle ne réduit pas ton impôt — elle réduit la base sur laquelle cet impôt est calculé. Plus tu es imposé, plus le mécanisme est puissant. C'est un changement de logique complet.
L'amortissement fiscal : le moteur du dispositif
Chaque année, tu déduis une fraction de la valeur de ton bien de tes revenus fonciers (les loyers que tu perçois) imposables. Ce montant déduit, c'est l'amortissement. Résultat : la base sur laquelle tu paies l'impôt fond — jusqu'à tomber à zéro.
La base amortissable est fixée à 80 % du prix d'acquisition. Les 20 % restants correspondent à la valeur du terrain, qui par nature ne se déprécie pas et ne peut donc pas être amortie.
Les taux annuels varient ensuite selon le niveau de loyer que tu acceptes de pratiquer :
- Loyer intermédiaire (−15 % par rapport au marché) : 3,5 % d'amortissement par an, plafonné à 8 000 €/an ;
- Loyer social (−30 % par rapport au marché) : 4,5 % par an, plafonné à 10 000 €/an ;
- Loyer très social (−45 % par rapport au marché) : 5,5 % par an, plafonné à 12 000 €/an.
Garde en tête que c'est le premier dispositif de l'histoire de la fiscalité immobilière française à permettre l'amortissement en location nue. Avant lui, cette mécanique était réservée à la location meublée.
L'absence de zonage géographique
Avec le Pinel, ton choix géographique était encadré. Zones A, A bis, B1 : tout le reste du territoire était hors jeu. Des dizaines de villes dynamiques, des bassins d'emploi solides, des marchés locatifs porteurs — inaccessibles.
Avec la loi Jeanbrun, aucun zonage n'est imposé. Tu peux investir dans une métropole, dans une ville moyenne ou même dans un bassin d'emploi moins dense, du moment que la demande locative locale est réelle.
Ça ne veut pas dire qu'il faut acheter les yeux fermés. Pas de zone imposée, mais toujours la même règle de base : là où des gens ont besoin de se loger. Villes étudiantes, bassins d'emploi en croissance, centres urbains actifs — ce sont ces marchés-là qui évitent la vacance locative.
Une éligibilité réservée à l'immobilier collectif
Troisième pilier — et il a son importance : seuls les appartements en immeuble collectif sont éligibles. Maison neuve, villa, pavillon : exclus. Le dispositif cible exclusivement les logements collectifs.
Pour l'immobilier neuf, le bien doit être acquis neuf, en VEFA (Vente en l'État Futur d'Achèvement — c'est-à-dire un achat sur plan avant la fin de la construction) ou construit par le contribuable lui-même. L'acquisition doit intervenir entre le 21 février 2026 et le 31 décembre 2028.
L'imputation du déficit foncier sur le revenu global
C'est le quatrième pilier, et le plus puissant fiscalement. En plus de l'amortissement, tu conserves la possibilité de déduire tes charges courantes de propriétaire : intérêts d'emprunt, taxe foncière, assurances, frais de gestion.
Si le total de ces charges et de l'amortissement dépasse tes loyers perçus, tu génères un déficit foncier. Ce déficit peut alors être imputé directement sur l'ensemble de tes revenus imposables — dans la limite de 10 700 €/an (ou 21 400 €/an jusqu'au 31 décembre 2027 dans le cadre de travaux de rénovation énergétique).
Tu l'auras compris : c'est cette double mécanique — amortissement sur les revenus fonciers et déficit imputable sur le revenu global — qui distingue vraiment la loi Jeanbrun de tout ce qui existait avant.
| Niveau de loyer | Écart par rapport au marché | Taux d'amortissement annuel | Plafond annuel |
|---|---|---|---|
| Intermédiaire | −15 % | 3,5 % | 8 000 € |
| Social | −30 % | 4,5 % | 10 000 € |
| Très social | −45 % | 5,5 % | 12 000 € |
Les conditions à respecter pour sécuriser l'avantage fiscal
Pour que l'administration fiscale valide ton amortissement, tu dois réunir plusieurs critères sans exception :
- Engagement de 9 ans minimum : le bien doit être loué nu, de façon continue, comme résidence principale du locataire.
- Délai de mise en location : le premier locataire doit entrer dans le logement au plus tard 12 mois après la livraison de l'immeuble.
- Plafonds de loyers et de ressources : tu dois respecter les niveaux de loyer choisis (intermédiaire, social ou très social) et t'assurer que les revenus de ton locataire ne dépassent pas les plafonds fixés par décret.
- Interdiction de louer à la famille proche : il t'est strictement interdit de louer à un membre de ton foyer fiscal, à tes parents ou à tes enfants.
Pour qui la loi Jeanbrun est-elle vraiment intéressante ?
La loi Jeanbrun n'est pas faite pour tout le monde — et c'est bien de le savoir avant de se lancer. Plus ta TMI (Tranche Marginale d'Imposition) est élevée — 30 %, 41 % ou au-delà — plus chaque euro déduit pèse lourd dans ton impôt. Si tu n'es pas ou peu imposé, le mécanisme perd une grande partie de son intérêt.
Selon les données disponibles, le gain fiscal annuel tourne entre 1 200 et 3 000 € pour un foyer imposé à 30 % — davantage pour les tranches supérieures. Ce n'est pas un dispositif miracle. C'est un outil de fond, qui prend tout son sens dans une stratégie construite sur la durée.
Un point à ne pas oublier avant de te lancer : à la revente, les amortissements que tu as déduits viennent minorer ton prix d'acquisition pour le calcul de la plus-value immobilière. Concrètement, plus tu as amorti, plus ta plus-value imposable sera élevée. Ce mécanisme est confirmé par la loi de finances pour 2026 elle-même (article 150 VB III du CGI, Code général des impôts).
Garde en tête que ce n'est pas rédhibitoire : les abattements pour durée de détention s'appliquent normalement — exonération totale d'impôt sur le revenu après 22 ans, de prélèvements sociaux après 30 ans. L'avantage fiscal reste réel sur la durée, à condition d'intégrer ce paramètre dès le départ dans ta simulation.
Ce qu'il faut retenir avant de se lancer : la loi Jeanbrun marque un tournant réel pour l'investissement locatif dans l'immobilier neuf. Elle offre une liberté géographique inédite, un mécanisme fiscal inédit pour la location vide, et une double déduction qui peut réduire significativement ta fiscalité sur les revenus.
Pour en tirer le meilleur parti, commence par connaître ta tranche d'imposition et simuler le gain réel sur un bien ciblé.
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